Scénographia – cage de scène virtuelle

3 | 2010
Utopies de la scène, scènes de l’utopie
Les traces d’une dĂ©marche utopique : dossier artistique

Scénographia – cage de scène virtuelle

Laurent Lescop, Bruno Suner, RĂ©gis Vasseur et Marcel Freydefonthttps://doi.org/10.4000/agon.1467RĂ©sumĂ© | Index | Plan | Texte | Notes | Illustrations | Citation | Auteurs

RÉSUMÉ

Scénographia propose une méthodologie passant par la réalisation d’une cage de scène virtuelle pour aider à l’adaptation d’un même spectacle en différents lieux. C’est un outil d’aide à la décision, d’archivage et de conception destiné aux directeurs techniques et aux scénographes.
Scénographia est un projet d’étude et de recherche appliquée mené actuellement pour la Région Pays de la Loire par le Groupe d’étude et de recherche scénologique en architecture (GERSA) du Département Scénographie de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Nantes (ENSAN), avec deux partenaires : tout d’abord Angers Nantes Opéra (ANO), Syndicat mixte financé par les villes de Nantes et d’Angers, le ministère de la Culture et de la Communication (Drac Pays de la Loire), le Conseil Général de Loire-Atlantique, le Conseil Régional des Pays de la Loire, le Conseil Général de Maine-et-Loire, qui a pour objet la création et la diffusion d’opéras, et ensuite CEDREO INTERACTIVE, société spécialisée dans la 3D interactive sur le web, la création d’images de synthèse, de vidéos 3D et d’applications multimédia 3D à fort impact visuel et le développement de logiciels 3D. Angers Nantes Opéra est utilisateur destinataire du projet Scénographia. Il a le rôle de « maître d’usage » dans ce processus.Haut de page

ENTRÉES D’INDEX

Mots-clĂ©s :

scénographieoutiladaptabilitémodélisationnumérisationHaut de page

PLAN

PrĂ©sentation gĂ©nĂ©raleL’acquisition des donnĂ©es gĂ©omĂ©triques et physiques du lieuLe nuage de pointsDu nuage Ă  la surfaceLa question des perchesLa numĂ©risation des dĂ©corsGĂ©rer virtuellement un spectacle par sa conduiteAttacher la gĂ©omĂ©trie virtuelle Ă  la conduiteLa gestion de la temporalitĂ©L’adaptation du spectacle en diffĂ©rents lieuxPerspectives et dĂ©veloppementsUtopie… ?Haut de page

TEXTE INTÉGRAL

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Présentation générale

1La question scénographique qui se pose à chaque production ou diffusion, pour tout spectacle et, a fortiori si celui-ci doit être présenté dans des théâtres différents, est celle du dénominateur commun entre les salles, plus particulièrement entre les cages de scène. Cette question de dénominateur commun se pose plus largement avec les salles pressenties pour une tournée.

2Il s’agit donc de concevoir et de mettre au point une cage de scène virtuelle permettant à Angers Nantes Opéra (qui travaille régulièrement dans quatre salles différentes, mais aussi, dans le cadre de coproductions, dans d’autres théâtres) de prévoir et d’anticiper la plantation des dispositifs, décors, éléments de mobilier, accessoires, costumes, lumières d’une œuvre lyrique.

3CEDREO INTERACTIVE a pour mission la conception des outils numériques et des logiciels permettant la mise en œuvre informatique et son intégration sur internet.

4Le cœur du projet Scénographia est de faciliter la production et la diffusion de spectacles d’opéra dans des théâtres différents en assurant une qualité identique de l’œuvre présentée.

5Il va de soi qu’au-delà de l’utilisation par Angers Nantes Opéra, cet outil a vocation à être appliqué dans toute sorte de théâtres et salles de spectacle, pas uniquement pour de l’opéra, mais pour tout type de spectacle vivant, voire de l’événementiel.

6Il s’agit concrètement de définir et de proposer une méthodologie générale et des outils informatiques et numériques d’assistance à la conception et à l’étude technique, notamment pour ce qui concerne la spatialisation des projets de spectacle.

  • 1 AccompagnĂ©e d’une lecture de l’œuvre, cet outil permettait d’œuvrer auprès des mĂ©cènes et commandit (…)

7Le projet ScĂ©nographia se place dans la continuitĂ© des habituelles maquettes de cage de scène (employĂ©es dès le XVIIIe) qui permettent la prĂ©sentation et le rendu de maquettes de dĂ©cor1.

8Il s’agit de réaliser des cages de scène virtuelles, permettant d’intégrer l’image numérisée d’une maquette volume de décor, afin de procéder à un certain nombre de manipulations et de vérifications, tant pour ce qui concerne le gabarit scénographique tridimensionnel de la cage de scène, que pour ce qui concerne l’équipement scénotechnique, dans une démarche statique et cinétique, sans omettre les problématiques de transport et de stockage en amont et aval de la représentation.

9Le procĂ©dĂ© Ă  l’étude comprend trois axes principaux :

  1. L’acquisition des donnĂ©es gĂ©omĂ©triques et physiques du lieu ;
  2. La numĂ©risation des Ă©lĂ©ments de dĂ©cor ;
  3. L’exploitation de la conduite du spectacle comme élément structurant de l’ensemble.

10ScĂ©nographIA renoue avec la pratique des théâtres de chambre qui fleurirent dès le XVIIIe siècle pour prĂ©senter Ă  Ă©chelle rĂ©duite des productions lyriques ou théâtrales auprès d’un cercle de commanditaires et mĂ©cènes. Un des rares (sinon l’unique) exemplaires conservĂ©s au musĂ©e du théâtre d’Amsterdam permet de restituer les diffĂ©rents mĂ©canismes de la scène actionnĂ©s, et c’est lĂ  tout le dĂ©fi, par un nombre limitĂ© de manipulateurs. On y retrouve tous les effets (diaphragme des coulisses, rouleaux de mer, Ă©chappements des toiles peintes dans les cintres et coulisses, etc.) dĂ©ployĂ©s par le théâtre baroque.

  • 2 Le DĂ©partement ScĂ©nographie/Ensan dispose Ă©galement d’une maquette historique d’un modèle de cage d (…)

11Autre exemple, le Theater Instituut Nederland prĂ©sente le théâtre de chambre que le baron Hieronymus Von Slingelandt s’était construit en 1781. Magnifiquement restaurĂ©, il est dotĂ© de toute la panoplie des effets baroques pour produire tempĂŞte sur les flots, nuĂ©es, tonnerre,… Une maquette de la scène du théâtre Baroque de la Margraeve Ă  Bayreuth prĂ©sente Ă©galement au public les diffĂ©rentes manĹ“uvres de dĂ©cors au théâtre de la Monnaie Ă  Bruxelles2.

12Ces outils n’ont plus court et l’on s’en tient encore souvent, Ă  l’heure du tout numĂ©rique, au support papier et aux Ă©lĂ©ments de maquette volume, peinte et « matièrĂ©e Â», manĹ“uvrĂ©s Ă  la main par le scĂ©nographe pour expliciter les changements de dĂ©cor et les effets recherchĂ©s dans son projet.

L’acquisition des données géométriques et physiques du lieu

13La clĂ© de toute la procĂ©dure est la numĂ©risation des donnĂ©es impliquĂ©es dans le dĂ©roulement du spectacle. Il s’agit d’élĂ©ments statiques et mobiles (Ă©quipements scĂ©no-techniques) de chaque théâtre. Ces Ă©lĂ©ments forment les donnĂ©es d’entrĂ©e pour chaque Ă©quipement, et sont consignĂ©s dans ce que l’on appelle la « fiche technique Â». Celle-ci est le support technique pour chaque nouveau spectacle.

14Nous avons pu constater que les plans en possession des directeurs techniques des salles ne sont pas assez précis ou, pour être plus exact, que ces plans ne possèdent pas la précision requise pour appréhender, dans tous ses aspects, notamment tridimensionnels et dynamiques, l’ensemble de la gestion scénique d’une production avec un rendu suffisamment explicite pour la fabrication des décors, les mouvements (manœuvres) de celui-ci. De plus, le «rendu» (ou description visuelle), sensible de l’aspect du spectacle, notamment pour les non techniciens (programmateurs, décideurs,…) n’était pas possible.

15La première opĂ©ration consiste donc en un relevĂ© prĂ©cis des cages de scène et de la salle. Les espaces servants rattachĂ©s, comme les accès dĂ©cors, sont Ă©galement relevĂ©s car il s’agit d’apprĂ©hender l’ensemble du processus : du montage au dĂ©montage/chargement des dĂ©cors en passant par la reprĂ©sentation dans toute sa conduite Ă  vue ou non du public.

Le nuage de points

16Dans cette phase du relevé, nous associons aux méthodes traditionnelles de lever (métré manuel, photographies), les techniques de relevé numérique in situ de cages de scène existantes afin de créer un objet source complexe et exact : le nuage de points. Quatre salles tests ont été relevées et numérisées : le Théâtre Graslin et le Grand T à Nantes, le Grand Théâtre et le Théâtre du Quai à Angers.

17La réalisation d’un relevé laser est relativement rapide. L’opérateur place un appareil qui balaiera l’espace dans toutes les directions. Les parties cachées ne seront pas saisies. Il faudra donc effectuer 8 à 16 stations pour aller prendre le lieu complètement de proche en proche et avoir suffisamment de recouvrement d’informations pour faire une reconstitution parfaite.

18Les stations sont repérées les unes par rapport aux autres avec des cibles, des sphères blanches repérées par le logiciel pilotant l’appareil. L’assemblage se fait automatiquement par consolidation des nuages successifs en un ensemble correctement géoréférencé.

  • 3 Les donnĂ©es bruitĂ©es sont des donnĂ©es contenant un certain « dĂ©sordre Â» dans l’organisation des poi (…)

19Le relevé d’une cage de scène s’apparente autant à un ensemble architectural qu’à un site de production industrielle. La mobilité des composants scénotechniques doit également être appréhendée : course des perches assurant le levage des charges, rideaux, pont lumière, cadre de scène ajustable. C’est un lieu où règne la pénombre. La plupart des éléments (paroi, structure, serrurerie) sont teintés en noir pour ne pas interférer avec les effets lumineux. Il faut valider dans un premier temps que la réflectivité des matériaux permet d’acquérir des données qui ne sont pas trop bruitées3. La sensibilité des capteurs est appropriée sur les matériaux rencontrés sans doute aidée par l’empoussièrement ambiant…

20La première difficulté à lever reste la disponibilité des lieux. Un théâtre est constamment exploité de jour comme de nuit pendant toute la saison d’ouverture et il est difficile d’y ménager un créneau de disponibilité de quelques jours pour en effectuer le relevé. Il convient donc de valider la faisabilité d’un relevé cantonné à quelques jours. Des considérations économiques interviennent également (temps de mobilisations des équipes de relevés et des techniciens).

  • 4 MĂ©thode dite sans contact, oĂą l’on mesure du temps de propagation aller et retour de la lumière ent (…)

21À la faveur d’un partenariat privilégié avec Leica Geosystem, différents appareillages ont pu être testés : temps de vol4, différence de phase et différentes générations de capteurs Leica, du modèle 2500, scanstation V2 au modèle 6100.

22Une première expérience de relevé d’une cage de scène réalisée avec un capteur Leica 2500 a validé la question de la réflectivité du rayonnement Laser sur les fonds noirs des espaces scéniques et a permisde numériser les équipements scénographiques, perches, suspentes, passerelles, etc.

  • 5 Une optique fish-eye est une optique ouvrant sur un très grand angle permettant de voir une scène Ă  (…)

23La consolidation des nuages de points rĂ©alisĂ©e par les mĂ©thodes de rĂ©fĂ©rencement de cibles, de calages topographiques et collage de nuage sur nuage permet d’obtenir une prĂ©cision gĂ©omĂ©trique globale satisfaisante avec une marge d’erreur infĂ©rieure Ă  5 millimètres. Le nuage consolidĂ© prĂ©sente toutefois du bruit gĂ©nĂ©rĂ© par la fusion des donnĂ©es des 26 stations et un total de points de 17,6 millions. Avec ce capteur la coloration des nuages de points est rĂ©alisĂ©e par alignement manuel d’un panorama Ă©quirectangulaire rĂ©sultant de l’assemblage de 8 clichĂ©s avec une optique  « fish-eye5 Â» projetĂ©e ensuite sur le nuage de points.

24Une deuxième expérience de relevé de l’ensemble salle, cage de scène et coulisses, réalisée avec un scanstation V2 Leica confirme la faisabilité du relevé sur des matériaux de couleur noire et présente l’avantage d’une plus grande souplesse d’utilisation par son fonctionnement rotatif permettant la numérisation d’un dôme complet et limite ainsi le nombre de stations et le risque d’erreur dans l’objectif constaté d’améliorer la qualité d’ensemble du nuage de points. La coloration du nuage de points peut être réalisée soit automatiquement à partir des multi images saisies par le capteur, d’abord par prise de vue indépendante depuis la position rigoureusement identique du centre capteur photo et du centre optique du scanneur puis l’alignement manuel de la projection cubique.

25L’avantage de la saisie automatique est la visualisation immédiate de la qualité de la coloration des points, l’inconvénient est la difficulté de moyenner la qualité lumineuse de l’ensemble du panorama.

26Le bénéfice de la prise de clichés indépendants est la meilleure qualité photographique, résolution, contraste, etc. Le désavantage est un résultat analysé a posteriori au risque de rendre inexploitable le panorama. La consolidation des nuages de points réalisée par la méthode de référencement de cibles, permet d’obtenir une précision géométrique globale satisfaisante RMS 1 millimètre. Le nuage consolidé présente moins de bruit généré par la fusion des données des 17 stations et un total de points de 35.6 millions.

27La fosse d’orchestre peut poser des contraintes particulières, relatives à l’accès du dispositif et à son encombrement. Des relevés sont alors réalisés avec la fosse d’orchestre en place, sièges repliés, avec une ou plusieurs stations selon la forme et le niveau de définition de la salle.AgrandirOriginal (png, 95k)

Figure 1. Mise en place du laser

28Le relevé laser produit ainsi un nuage de points très détaillé avec une résolution approchant le millimètre. Il se présente, en effet, sous la forme d’une base de données contenant plusieurs millions de point référencés en coordonnées spatiales et colorimétriques. Une méthode de modélisation numérique à partir de ce nuage de points doit donc être élaborée, afin d’obtenir autant de modèles numériques analytiques particuliers que nécessaire, selon les besoins (espace, mécanique scénique, lumière par exemple). Il s’agit en quelque sorte de constituer des calques numériques tridimensionnels et, manipulables.AgrandirOriginal (jpeg, 12k)

Figure 2. Nuage de points

Du nuage Ă  la surface

29En dehors de l’industrie pĂ©trochimique oĂą ces techniques de balayage laser sont couramment mobilisĂ©es pour relever l’enchevĂŞtrement des tuyauteries des raffineries, il n’existe pour l’heure pas d’outils pour faciliter et automatiser ce passage des donnĂ©es brutes du relevĂ© laser Ă  un modèle gĂ©omĂ©trique fonctionnel dans le domaine intĂ©ressant Scenographia. La modĂ©lisation consiste Ă  relier chaque point pour obtenir une surface continue. Cette surface est faite de triangles. Ces triangles, extrĂŞmement nombreux sont alors rassemblĂ©s en « mĂ©ta-triangles Â». Bien entendu, chaque point est mesurĂ© Ă  son emplacement exact. Le supprimer pour simplifier le modèle et dĂ©terminer une position moyenne induit une lĂ©gère erreur (millimĂ©trique). L’enjeu est donc de gĂ©rer la prĂ©cision rĂ©elle par rapport Ă  la prĂ©cision utile.AgrandirOriginal (jpeg, 4,0k)AgrandirOriginal (jpeg, 8,0k)AgrandirOriginal (jpeg, 8,0k)AgrandirOriginal (jpeg, 4,0k)

Figure 3. Réduction du maillage

30Une des premières difficultés dans l’exploitation du nuage de points est la discrimination de l’information. Divers objets encombrent la cage de scène et de nombreux obstacles masquent l’information pertinente.

31Aucune procédure automatique n’est en mesure de le traiter.

32Une première opération consiste donc à décomposer le nuage en sous parties dans lesquelles il sera plus facile d’exploiter les informations puis de travailler avec. Plusieurs outils ont été testés pour ces tâches. Le logiciel Autocad depuis la version 2011, intègre en base les outils d’importation et de visualisation des gros volumes de points produits par les levers laser. Cela offre une alternative à des outils dédiés tels que Cyclone ou 3DReshaper.

33D’autres outils économiques ou gratuits ont été testés VrMesh, PointTool, Meshlab, etc.

34D’une interface facile Ă  prendre en main, VRMesh propose des outils puissants (traitement de nuages jusqu’Ă  un milliard de points), la crĂ©ation automatique de modèles prĂ©cis Ă  partir des donnĂ©es de balayage des pièces physiques. Comme dans Cyclone, il s’agit lĂ  de dĂ©tecter des formes rĂ©gulières et de les gĂ©nĂ©rer automatiquement.

35Le travail commence par une décimation avancée du nuage de points qui élimine une partie de l’information par calcul de proximité des points. Ensuite, des algorithmes de débruitage éliminent les informations parasitaires.AgrandirOriginal (jpeg, 12k)AgrandirOriginal (jpeg, 16k)

Figure 4. Conversion du nuage de points en maillage

36Selon le type de scanner, on remarque en effet des points isolés visiblement indépendants des surfaces relevées. VrMesh constitue une base de données. Cette base gère l’affichage à l’écran, discriminant le nombre de points présents et permet surtout d’établir des sous-groupes de travail. Dans le cas des théâtres, l’information est tellement importante et hétérogène que le nuage ne peut être traité dans son intégralité.

37Il faut donc découper des tranches, les plus fines possible, isolant les parois, les éléments scénotechniques et les dispositifs mobiliers de la salle. Aucun de ces derniers ne peut être négligé tant chaque mètre cube de la cage de scène est utilisé et qu’un relief aussi modeste qu’un boîtier électrique peut compromettre le mouvement d’un décor ou son implantation au plateau.

38VrMesh possède des fonctions de triangulation automatiques et précises du nuage de points en mailles. Cela se fait avec une préservation globale du maillage autorisant l’annulation des opérations et le test de différentes solutions de raffinement.AgrandirOriginal (jpeg, 16k)AgrandirOriginal (jpeg, 12k)

Figure 5. Maillage redessiné dans Sketchup

39Des outils de réparation de maillage permettent de lisser certaines parties, de fusionner des triangles, de boucher des trous ou d’orienter correctement les faces. Toutefois, si puissantes que soient ces fonctions, leur conjonction ne peut aboutir à un maillage tel qu’attendu pour une exploitation de la géométrie : à savoir un maillage quadrangle, régulier et orienté selon les axes X Y Z.

40La seconde technique de modĂ©lisation cherchera plutĂ´t Ă  redessiner sur les points existants, les utilisant comme supports. Ainsi que cela est visible dans la figure 5, le maillage est si dense qu’il ressemble Ă  des surfaces. Le problème du relevĂ© laser est qu’il prend tout ce qui est sur le lieu au moment du relevĂ© : câbles posĂ©s au sol, boites et caisses diverses. L’automatisation de la mise au propre ne peut dès lors ĂŞtre envisagĂ©e puisqu’un « nettoyage Â» des informations est Ă  effectuer.

41Le travail de saisie à la main permet de discriminer l’information, d’écarter de qui n’est que du mobilier et surtout de commencer à hiérarchiser l’information et l’organiser en catégories fonctionnelles et techniques.

La question des perches

42La cage de scène est une machinerie savante engageant la géométrie des objets mais également leur comportement en situation de manœuvres. Le relevé doit donc prendre en considération les mouvements qu’ils effectueront. La question des perches, ce sont ces tubes métalliques auxquels sont suspendus décors et appareils d’éclairage, est une des plus importantes. Il a été noté que les perches pouvaient sensiblement se déformer avec le temps et les charges auxquelles elles sont soumises.

43Lors du relevĂ© laser, les perches sont chargĂ©es, c’est-Ă -dire descendues au niveau le plus bas, quasi sur scène, Ă  la hauteur Ă  laquelle on rĂ©alise les accroches, et laissĂ©es au repos durant une nuit. L’oscillation due Ă  la manĹ“uvre peut durer de nombreuses heures et fausser les mesures.AgrandirOriginal (jpeg, 16k)

Figure 6. Les perches : des déformations importantes sont relevées

  • 6 Building Information Modeling ou Building Information Model ou encore Modèle d’information unique d (…)

44Au terme du traitement géométrique, la cage de scène est prête à être utilisée pour la conception et l’exploitation d’un spectacle. Le lieu est décrit en trois dimensions, chaque élément scéno-technique est référencé. Dans un développement ultérieur, la géométrie sera directement associée à des comportements (à l’exemple de ce qui se fait en architecture avec les BIM (Building Information Modeling6)). Ainsi en interrogeant une perche, il sera possible d’avoir immédiatement sa charge admissible maximum, ses dimensions, sa date de mise en place, sa déformation, etc…AgrandirOriginal (jpeg, 20k)AgrandirOriginal (jpeg, 16k)

Figure 7. Modélisation complète

45A terme, c’est donc bien un processus de gestion qui accompagne celui de relevé des équipements.

La numérisation des décors

46La numérisation des décors compose l’autre volet du travail. Dans le cadre d’une co-production, comme cela arrive de plus en plus, le décor devra être adapté à différents lieux. Cela implique une stratégie de conception et de fabrication très tôt dans le processus et ce, en cohérence avec un objectif artistique.

47En effet, le volume de la cage de scène varie d’un théâtre à l’autre, l’âge des éléments scénotechniques, l’accès à la cage de scène et les modalités de transports sont autant de paramètres à prendre en compte. Le plus souvent, le scénographe met à disposition des maquettes, très précises. Toutefois, ces maquettes sont autant d’éléments disparates qu’il s’agit d’implanter sur le plateau. Le directeur technique va alors proposer une démarche de réalisation comprenant un nombre considérable de paramètres incluant sa connaissance des différents lieux, le budget de production, l’impact visuel, la montabilité/démontabilité, le transport et, problématique souvent majeure, l’interaction entre le jeu des acteurs et le décor. Par exemple, les changements de décor à vue, c’est-à-dire face au public, imposent des contraintes de transportabilité, de non visibilité des machinistes et de silence des moteurs aidant au déplacement.

48La numérisation des décors au stade de la maquette d’étude ou de l’esquisse papier offre la possibilité de tester le résultat attendu sur la scène qui accueillera le spectacle. Bien des scénographes expérimentés feront l’économie de cette étape pour anticiper les effets qu’ils attendent. Néanmoins, cette étape est importante pour le directeur technique, les programmateurs et les techniciens impliqués. A l’exemple de ce l’on constate en architecture ou au cinéma, la visualisation, le plus tôt possible, des choix artistiques relève aussi bien de l’anticipation des éventuels problèmes à venir que de la communication au sein de l’équipe.

49Plusieurs techniques sont disponibles suivant le type de support de base (dessin ou maquette) et suivant la nature de l’objet : gĂ©omĂ©trie rĂ©gulière ou surfaces organiques.AgrandirOriginal (jpeg, 12k)AgrandirOriginal (jpeg, 12k)

Figure 8. Sources utilisées : maquettes et dessins

50Pour les surfaces régulières et discontinues, les outils de modélisation classiques sont parfaitement appropriés. L’acquisition des données peut se faire soit à partir de photos (photomodélisation), soit par mesures à partir de l’objet ou du dessin.

51La photomodélisation fonctionne de deux façons différentes. Première technique, on effectue une série de photos sous différents faces de l’objet voulu et le logiciel reconstitue le volume en fonction des vues. Le logiciel est guidé en lui indiquant des points clés de recouvrement ainsi que les caractéristiques des appareils photos (focale). Seconde technique, on utilise une ou plusieurs photos comme support géométrique. Il faut ensuite dessiner sur la photographie dans la perspective de la photographie originale.AgrandirOriginal (png, 62k)AgrandirOriginal (png, 77k)AgrandirOriginal (png, 58k)AgrandirOriginal (png, 53k)

Figure 9. Deux techniques de photomodélisation, automatique et assistée

52Pour des formes à surfaces continues ou formes organiques, le laser est une solution plus adaptée. Les surfaces organiques sont des formes à surface continue, sans angles. Cela signifie que la prise de mesure est plus complexe. On trouve des surfaces continues sur des sculptures telles que la Vénus de Milo, du mobilier de type Art Nouveau…AgrandirOriginal (png, 38k)AgrandirOriginal (png, 42k)AgrandirOriginal (png, 29k)AgrandirOriginal (png, 25k)

Figure 10. Relevé laser d’une statuette

53Pour ce faire, un laser de poche de moins de 200€ associé à une Webcam et un logiciel pour un budget de moins de 500€ convient tout à fait. Il est à noter que les techniques de relevé laser s’accordent mal de la couleur noire (très fréquente dans le spectacle), des transparences et des reflets. Malgré tout, des solutions comme le poudrage des objets, permettent de contourner ces obstacles.

54Tous les Ă©lĂ©ments de dĂ©cors sont saisis et organisĂ©s dans des fichiers sĂ©parĂ©s ; ils seront ensuite assemblĂ©s dans un fichier qui prĂ©parera le travail scĂ©nographique.AgrandirOriginal (jpeg, 12k)AgrandirOriginal (jpeg, 16k)

Figure 11. Pièces de décor numérisées

55Nous avons, lors de notre travail de mise au point, Ă©tĂ© confrontĂ©s Ă  diffĂ©rents cas de figure devant rĂ©gler des questions fort diffĂ©rentes les unes des autres. Pour Tristan et Iseult de Wagner, le dĂ©cor se prĂ©sente sous la forme de modules qui s’assemblent pour former un balcon ou un bateau. Ces modules teintĂ©s en noir, manĹ“uvrĂ©s Ă  vue, translatent au cadre en continu comme la pellicule d’un film projetĂ©e au ralenti. L’emprise de chaque tableau sur les diffĂ©rents cadres de scènes, la capacitĂ© du plateau Ă  libĂ©rer les surfaces utiles pour ce savant jeu de taquin entre les modules constituent les points clefs Ă  valider dans la coproduction.AgrandirOriginal (jpeg, 12k)

Figure 12. Photo du rendu de Tristan et Iseult (dĂ©cors : Pierre-AndrĂ© Weitz)AgrandirOriginal (jpeg, 12k)

Figure 13. Assemblage virtuel des éléments de décor

56Dans le cas de ce spectacle, la contrainte était encore aggravée par la présence d’un large plan d’eau sur le plateau, tributaire de sa parfaite planéité.

57Dans le cas du Barbier de SĂ©ville de Rossini, le dĂ©cor manĹ“uvrĂ© principalement sur chariot Ă©tait lui aussi imposant, mais son assemblage prĂ©sentait plus de libertĂ©. La demande Ă©tait assez proche de la prĂ©cĂ©dente en regard de l’encombrement et de la cinĂ©tique des objets, tout en faisant appel au levage dans les cintres. Cette pièce a fait l’objet du premier test dans les contraintes de mise en place du spectacle.AgrandirOriginal (jpeg, 12k)

Figure 14. Maquette virtuelle d’un des tableaux du Barbier de SĂ©ville avec parties non visibles, la cage de scène est retirĂ©e (dĂ©cors : Jacques Gabel)AgrandirOriginal (jpeg, 12k)

Figure 15. La cage de scène est replacée, en transparence, afin de montrer ce que l’on voit de la salle en comparaison avec ce qui est en attente de jeu dans les cintres et coulisses.

58Le troisième exemple, concerne Falstaff de Verdi, il s’est agi ici de vĂ©rifier des angles de visibilitĂ© pour un dĂ©cor installĂ© sur un plateau tournant (une tournette). La contrainte Ă©tait de prĂ©server les faces cachĂ©es Ă  la vue du public et de masquer Ă©galement les techniciens chargĂ©s d’animer les Ă©volutions de ce dĂ©cor.

59Les maquettes de Christian Fenouillat ont été soigneusement modélisées et installées sur un plateau virtuel à partir duquel ont été effectués les tests.AgrandirOriginal (jpeg, 8,0k)

Figure 16. La tournette de Falstaff (dĂ©cors :Christian Fenouillat)AgrandirOriginal (jpeg, 8,0k)

Figure 17. Autre point de vue

60Ainsi le voit-on, comme dans toute démarche de projet, l’étape de définition en vient peu à peu à formaliser des questions toujours plus précises de volumétrie, de déplacement, de visibilité. A ces questions, s’attachent naturellement des questions de couts, de faisabilité, de gestion temporelle.

61Il restait toutefois à articuler une approche géométrique du problème de la mise en place d’un spectacle et une approche artistique basée sur une temporalité fragmentée.

Gérer virtuellement un spectacle par sa conduite

62L’outil ScĂ©nographia doit rĂ©soudre une Ă©quation comportant de nombreux termes : comment adapter un spectacle d’un lieu Ă  l’autre tout en maintenant cohĂ©rence et unitĂ© visuelle dans une temporalitĂ© extrĂŞmement contrainte par la partition musicale. Nous l’avons vu dans la première partie, des Ă©lĂ©ments fixes et mobiles sont impliquĂ©s (l’architecture de la cage de scène, ses dispositifs scĂ©no-techniques, tous appartenant au lieu recevant le spectacle, le dĂ©cor, les accessoires appartenant eux au spectacle et pouvant ĂŞtre créés pour l’occasion, reste enfin la question de la lumière et Ă©ventuellement du son).

63Les Ă©lĂ©ments scĂ©no-techniques et les dĂ©cors peuvent ĂŞtre mobiles ; cela introduit donc une notion de temporalitĂ© dans les donnĂ©es d’entrĂ©e Ă  prendre en compte. Les objets se dĂ©placent avec des principes de contraintes induites : un pendrillon (Ă©lĂ©ment de velours noir destinĂ© Ă  masquer une partie des coulisses) se meut parce qu’il est actionnĂ© par une perche, ce n’est pas un objet autonome. La perche elle-mĂŞme est accrochĂ©e Ă  un assemblage dynamique associant poulies et contrepoids, parfois un moteur.

64Autre contrainte dynamique, les actions peuvent être simultanées, l’une après l’autre et/ou conditionnées les unes par les autres, en amorce ou en conséquence. Autant de situations qu’il faut réussir à décrire.

65La meilleure façon d’aborder cette équation a été non pas de raisonner sur les termes mais sur les liens qui unissent ces termes. La partition musicale constitue naturellement le référentiel temporel pour y noter toutes les données d’une production puisqu’elle rythme les évènements scéniques. La « conduite » du spectacle subordonne ce référentiel.

66Le terme de conduite dĂ©signe ici la notation, sur des supports divers, que nous devrons regrouper et formaliser, par les diffĂ©rents protagonistes d’une production (rĂ©gisseur, techniciens, etc.) des actions qu’ils doivent mener Ă  bien. La conduite dĂ©crit l’enchainement des Ă©vènements et rĂ©pertorie les pièces de dĂ©cor visibles ou pas par le public et les « manĹ“uvres Â» (mouvements) de ceux-ci. Le suivi temporel des productions que nous avons retenu est, outre le repère temporel (fluctuant comme la mesure dans la partition ou mĂ©canique comme le temps Ă©coulĂ© en seconde avant ou depuis cette mesure), une division en tableaux. Un tableau est, Ă  l’intĂ©rieur d’une scène, d’un acte, la plus petite « unitĂ© Â» notĂ©e dans la « conduite Â» par les techniciens : un changement de tableau est un changement d’élĂ©ment scĂ©nique (dĂ©cor, accessoire). Les intervalles entre les tableaux (changement Ă  vue ou pas du public) sont Ă©galement pris en compte puisqu’ils conditionnent le dĂ©roulement du spectacle sur le plan scĂ©no-technique : rapides comme un « prĂ©cipitĂ© » ou, Ă  l’entracte par exemple, plus complexe et mobilisant une armĂ©e de techniciens sur le plateau Ă  la manĹ“uvre d’élĂ©ments de dĂ©cors lourds et volumineux.

67Si les expériences que nous menons concernent l’opéra, la conduite structure l’ensemble des spectacles vivants en ce qu’elle est la structure temporelle. Elle harmonise les actions, les synchronise et donne à chacun des intervenants sa place par rapport au spectacle et sa place par rapport aux autres. Au théâtre, le texte se substitue à la partition pour fournir une armature temporelle plus élastique encore.

68Pour le projet Scénographia, la conduite est enrichie d’actants impliquant la manipulation des décors sur le plateau. Cela peut être la place et le nombre de machinistes, la place et le nombre des figurants, la disposition éventuellement d’une loge de maquillage ou de changement de costume.

69La conduite devient dès lors un protocole extrêmement normalisé puisqu’elle va commander tout ce qui va se dérouler ensuite.AgrandirOriginal (jpeg, 8,0k)

Figure 18-exemple de conduite

Attacher la géométrie virtuelle à la conduite

70Si la conduite constitue le liant et la structure du déroulé du spectacle, il faut, très concrètement, attacher chaque item décrit sémantiquement dans la conduite à un objet géométrique virtuel modélisé par ailleurs. L’idée étant qu’en ouvrant le fichier de la conduite, tous les éléments scéno-techniques et de décor se mettent en place tous seuls.

71Le premier temps se passe dans le logiciel de modélisation. Chaque objet est nommé, décrit, placé dans un calque qui lui-même est nommé. Les développements en cours permettront également de déterminer une masse, un quantitatif utile au chiffrage et un processus de montage.AgrandirOriginal (jpeg, 12k)

Figure 19-description sémantique de la géométrie 3D

72La géométrie est enregistrée en créant d’une part les volumes dans un format numérique et d’autre part un tableau de type Excel contenant la description de chaque objet.AgrandirOriginal (jpeg, 8,0k)

Figure 20-extrait du tableau descriptif

73La seule contrainte est d’utiliser strictement les mêmes noms dans la conduite que dans l’édition de la géométrie.AgrandirOriginal (jpeg, 12k)

Figure 21-géométrie attachée la base de données

La gestion de la temporalité

74La conduite décrit des actions enchainées dans le temps. Elles peuvent être enchainées, superposées et/ou conditionnées les unes les autres. Le modèle le plus approprié pour décrire cette richesse de configuration est le diagramme de Gantt, utilisé couramment dans la planification de chantier.

75Le diagramme de Gantt se présente sous la forme d’une liste de tâches mises en relation avec une temporalité. Chaque action est décrite par un vecteur indiquant la durée. Les actions peuvent être groupées en blocs logiques fonctionnant ensembles.AgrandirOriginal (jpeg, 8,0k)

Figure 22-la conduite attachée à un diagramme de Gantt intégrant la temporalité

76La question de la temporalité a des incidences importantes. Idéalement, il faudrait pouvoir suivre le déroulé du spectacle dans sa totalité avec l’édition de la musique, du jeu des comédiens et les mouvements des décors.

77Or, la partition musicale, qui régit le rythme et l’enchainement des évènements sur la scène, est interprétée, autrement dit, subit des variations sensibles de vitesse. Ces variations, d’essence artistique, s’accordent mal avec la restitution métronomique d’un ordinateur.

78Il faut donc accorder un temps variable avec un temps régulier, ce dernier étant nécessaire pour les amorces d’actions par exemple. Le temps peut être mesuré de deux façons :

  • le dĂ©coupage rĂ©gulier (comme un film 24 images par seconde), sur chaque image il y a une fraction de temps on peut penser aux chronophotographies de Jules Marey par exemple.
    • 7 Les animateurs sĂ©niors travaillent sur les poses clĂ©s, Ă  savoir les temps forts de l’animation, sur (…)
    le dĂ©coupage par moment clĂ© : on ne prend que les moments signifiants, ceux signalant le dĂ©part et la fin d’une action avec Ă©ventuellement un moment intermĂ©diaire s’il s’avère important. C’est que l’on retrouve dans les story-boards ou les dessins produits par les animateurs sĂ©niors avant que les « intervallistes» interviennent7.

AgrandirOriginal (jpeg, 12k)

Figure 23. La marche, découpage régulier selon E.-J. MareyAgrandirOriginal (jpeg, 12k)

Figure 24. La marche et ses phases selon Richard Williams

79On retrouve ici les conceptions de représentation du temps en discret et continu. Le découpage discret décrit des intervalles signifiants, le découpage continu des intervalles réguliers. Il convient donc de basculer sur un mode de représentation par moment clé (discrets) durant lesquels se place un évènement saillant.AgrandirOriginal (png, 17k)AgrandirOriginal (png, 18k)

Figure 25. Temps continu – temps discret

80Un Ă©vènement saillant possède une amorce, un dĂ©veloppement, un point d’inflexion et une redescente. Pour effectuer cet Ă©vènement, il y a une force principale et lue comme telle et des forces d’accompagnement qui contribuent (mais aussi parfois en opposition, en dĂ©calage de phase ou en retard) Ă  la crĂ©ation de ce moment. Cet ensemble forme un bloc logique que l’on peut dĂ©crire : par exemple une apparition.

81Les tableaux, inscrits dans la conduite, expriment une partie de ces saillances, celles concernant les changements de décor. L’autre partie concerne les effets et particulièrement les effets lumineux (et sonores). Une extension du propos chercherait ensuite à intégrer le jeu des comédiens. Ce sont des considérations qui seront intégrées progressivement à l’évolution de Scénographia. Elles viendront après les développements liés aux stratégies de montages et installation du décor sur le plateau.AgrandirOriginal (png, 19k)

Figure 26. Tableau, vision du publicAgrandirOriginal (png, 19k)

Figure 27. Tableau, vue de travail

82Le déplacement des acteurs, les jeux d’appareils, les animations des objets ou pièces de décors renvoient donc directement aux réflexions de Bergson sur l’espace et le mouvement. Dans le cadre d’une partition scénographique, telle que l’on pourrait nommer la conduite, il serait naturel de reconstituer l’espace parcouru par les acteurs ou objets comme une succession de position dans l’espace ou d’instants dans le temps.

83Or, sans aller jusqu’au paradoxe de ZĂ©non, on se trouve dans cet espace infiniment divisible, fractal, Ă  devoir choisir une unitĂ© Ă©lĂ©mentaire qui sera de toute façon mauvaise. La minute, la seconde, la demi-seconde ? A chaque fraction correspondra une sous fraction porteuse d’informations.

84Les coupes rĂ©gulières ne font que manquer l’information qui se glissera dans l’interstice. Un autre problème qui se pose est celui de la correspondance absolue des positions dans l’espace et des instants dans le temps. D’une reprĂ©sentation Ă  l’autre, ces intersections d’espace et de temps fluctuent lĂ©gèrement rendant Ă  chaque spectacle une valeur d’unicitĂ©. C’est lĂ  le dĂ©fi soulevĂ© pour la rĂ©gie de spectacle contemporaine, oĂą les Ă©lĂ©ments de reprise de contrĂ´le manuel doivent pouvoir ĂŞtre mĂ©nagĂ©s et croisĂ©s dans l’enchaĂ®nement de plus en plus complexe et automatisĂ© des conduites de la machinerie, de la lumière, du son, de la vidĂ©o et autres appendices supports d’interaction avec le jeu. C’est le dĂ©fi relevĂ© par le projet Virage8 qui s’attache Ă  constituer une plateforme d’outils logiciels et des protocoles offrant de nouvelles interfaces de contrĂ´le et d’écriture pour la crĂ©ation artistique et les industries culturelles. ScĂ©nographIA s’ingĂ©nie Ă©galement Ă  maĂ®triser l’ordonnancement, et le pilotage de ces processus dans le spectacle vivant en amont et en aval de la reprĂ©sentation et du jeu en facilitant le montage des co-productions.

85C’est en se concentrant sur l’élément de décor, qui constitue ici l’objet structurant de la conduite, que s’articulent les autres départements création de la pièce. L’objectif est en effet aussi et surtout de prendre en compte l’économie du spectacle. En amont (pré-production), il faut anticiper les contraintes d’adaptation où différents lieux de représentation puis en post-production, il s’agit d’envisager l’archivage de la partie technique et de la partie logistique. Ainsi, des traces tangibles faciliteront la re-présentation future du spectacle en complétant la création du dossier de production, épais documents de plusieurs centaines de pages, recueil exhaustif de la logistique nécessaire à la préparation et au redéploiement du spectacle.

L’adaptation du spectacle en différents lieux

86La conduite, structurée en temps discret, décrit ce que contiennent le spectacle et l’évolution des tableaux au cours de la représentation. Les tableaux doivent être adaptés à chaque équipement tout en préservant l’image produite.AgrandirOriginal (jpeg, 8,0k)

Figure 28. Implantation d’un même tableau en trois lieux

Figure 29-vérification en volumes

87Or, les rapports scène-salle déterminant la distribution de l’auditoire vis-à-vis du cadre varient et les cages de scène sont d’accès et de proportions fort différentes. Scénographia aide à solutionner cette question.

88Avec la conduite importée dans le logiciel et contenant un pré positionnement des objets, les tests visant à trouver les meilleurs arrangements sont accélérés. L’ensemble des décors placés en fonction des tableaux est importé d’un clic de souris, ce qui facilite les premières adaptations à la trame des points de levage conditionnée par la position des perches.

89Les perches forment une succession de plans parallèles très denses (sur un pas minimum de 25 cm), pas toujours rĂ©gulière qui induit le positionnement des objets sur le plateau. Pour diverses raisons, nature de la perche (charge maximale utile, motorisation, spĂ©cialisation pour l’éclairage scĂ©nique…), positionnement des projecteurs, possibilitĂ© de manĹ“uvres, la transposition littĂ©rale n’est pas possible.

Agrandir Original (jpeg, 4,0k)Grand T
Agrandir Original (jpeg, 4,0k)Massy
Agrandir Original (jpeg, 4,0k)Le QuaiFigure 30. DiffĂ©rence de rĂ©partition, de nombre et de densitĂ©s pour les perches de trois cages
  • 9 L’utilisateur, par retour kinesthĂ©sique, expĂ©rimente, dans la manipulation de sa souris, un effet d (…)

90Pour repositionner le dĂ©cor, il faut deux indications importantes : le point d’accroche de l’objet et la position de la perche. Il faut donc pouvoir renseigner ces deux items : oĂą et comment se suspend un objet, existe-t-il un Ĺ“illet ou plusieurs, des renforts. Ensuite, il faut vĂ©rifier que l’objet en question est bien Ă  l’aplomb d’une perche. Ensuite, le logiciel fonctionne par « rĂ©sistance9 Â» indiquant qu’un point d’accroche est possible.AgrandirOriginal (jpeg, 8,0k)

Figure 31. Les points d’accroches des pendrillons

91En possĂ©dant une librairie de cages de scène, prĂ©parĂ©es dans ScĂ©nographia, les scĂ©nographes et directeurs techniques auront toutes les informations nĂ©cessaires pour Ă©tablir une première Ă©valuation des possibilitĂ©s d’installation. Avec les vraies proportions des salles, des cages de scènes, la position et les caractĂ©ristiques des perches et Ă©lĂ©ments d’accroche, ils pourront rapidement dĂ©terminer les potentialitĂ©s et modifications Ă©ventuelles Ă  opĂ©rer pour crĂ©er ou transposer un spectacle.

Perspectives et développements

92La conceptualisation et la notation des tableaux doivent être encore approfondies dans la prise en compte des effets et de la mise en relation de la partie technique et artistique. Scénographia a induit en parallèle la constitution d’un vocabulaire de la scène actualisé, indexé selon différentes entrées, illustré de graphiques et de photographies. Il est mis en ligne sur Internet sur une plateforme collaborative nommée Vocascene ouverte au public10. Il fallait que l’ensemble des partenaires du projet partage le même langage pour décrire les objets et actions conditionnant le déroulement d’un spectacle.

93Ce vocabulaire de la scène présente de façon alphabétique tous les termes relatifs à l’architecture, la scénographie et la scéno-technique ainsi qu’à la production d’un spectacle (Espace, Machinerie, Lumière et éclairage, Acoustique et son, Projection et images, Décor et accessoires, Manœuvres et manipulations, Professions et métiers, Phasage et planification d’un spectacle).Chacun des termes de ce vocabulaire obéit à la présentation suivante : Terme-Synonymes-Antonyme-Traduction anglaise./ Définition synthétique-Définition analytique-Définition fonctionnelle. A terme, il pourrait constituer une plate-forme utile pour la connaissance des métiers et pratiques de la scène en voie de mutation comme celui de cintrier.

94Scénographia en outre a une dimension patrimoniale dans sa partie exploration et préservation des techniques (relevé des lieux scéniques; archivage et restitution des scénographies de spectacles passés). C’est également un support de formation, d’expérimentation et d’aide à l’exploitation (transfert d’un spectacle d’un équipement à l’autre). Novateur et prospectif dans sa partie instrumentale et technologique, c’est enfin un projet qui doit rejaillir à terme sur la pratique du design d’espace en lui donnant accès aux outils de pointe de la création théâtrale.

Utopie… ?

  • 11 Â« excentrique mĂ©canique Â»
  • 12 Elodie Vitale, Le Bauhaus de Weimar (1919-1925), Mardaga, 1995

95Le théâtre de l’avenir ou théâtre utopique total bouleverse le rapport au spectateur en cherchant Ă  introduire de nouveaux moyens techniques pour la scène. Moholy-Nagy proposait, dans le cahier n°4 des Bauhaus BĂĽcher, la « Mechanische Exzentrik11 Â» convoquant divers effets de surprise comme des projections de lumières crĂ©ant des rĂ©actions colorĂ©es, des actionnements mĂ©caniques, de la musique mĂ©canique et mĂŞme des odeurs12.

  • 13 Farkas Molnar, Die BĂĽhne im Bauhaus, GebrĂĽder Mann Verlag, reed. 2003
  • 14 Voir Marcel Freydefont, « Les contours d’un théâtre immersif Â», revue AgĂ´n, dossier n°3 Utopies de (…)

96L’architecte Farkas Molnar dans son ouvrage « Die BĂĽhne im Bauhaus13 Â» esquisse le projet, lui aussi qualifiĂ© comme utopique d’un théâtre en U comprenant, comme celui de Moholy-Nagy, plusieurs scènes pour constituer un « espace théâtral Â» total. Ces projets, sĂ©duisant et extrĂŞmement stimulants, trouvent des Ă©chos lointains dans les espaces interactifs prĂ©sents dans les parcs Ă  thème et dans les expĂ©riences immersives14.

  • 15 Lothar Schreyer (1886-1966) a Ă©tĂ© avec Oskar Schlemmer (1888-1943) l’un des puissants rĂ©novateurs d (…)

97Comme le voulait Schreyer15, l’idĂ©e est d’amener le spectateur Ă  « l’extase Â» par une action « psychophysique Â» qui se construit par la sidĂ©ration que produit l’accumulation des effets. Gropius reprendra ces principes dans son projet de théâtre total en tentant de rendre possibles et rĂ©alisables les propositions des ses collègues du Bauhaus.

98Cette utopie théâtrale, passe par une maĂ®trise forte de l’implication technique de la prĂ©paration de l’œuvre. La fabrication d’un spectacle demande un grand nombre de compĂ©tences, qui se croisent, interagissent et se succèdent. Chaque mĂ©tier porte sa tradition, son vocabulaire, ses pratiques. On peut regarder cela comme une structure autoorganisĂ©e ou comme la rĂ©solution permanente de conflits. La rĂ©solution des conflits Ă©tant une forme de production de l’artistique Ă©tant entendu que « l’état d’équilibre Â» qui pourrait paraĂ®tre pour un objectif, ne serait qu’un Ă©tat de mort Ă  opposer au spectacle vivant.

  • 16 Nelson Goodman, Langages de l’art, Ed. J. Chambon, 1990, 314 p.

99Si nous sommes partis du théâtre utopique allemand pour lancer ScĂ©nographIA, en tant qu’expĂ©rience totale, il nous a semblĂ© important de glisser une Ă©tape intermĂ©diaire qui se rĂ©sumerait en la recherche d’une notation des mouvements pour une reprĂ©sentation. Cette idĂ©e de notation, irriguĂ©e par les travaux de Goodman16, cherche Ă  embrasser tous les Ă©lĂ©ments constituant un spectacle, y compris, le transport, le montage et dĂ©montage. Cette notation ouvre dès lors une possibilitĂ© de conservation, d’archivage et de transfert, bien plus complet que ne peuvent l’être un jeu de plans, une sĂ©rie de photos et une bande vidĂ©o.

  • 17 Grammaire de l’Art de la Danse.

100La notation du mouvement possède une longue histoire. De l’image arrĂŞtĂ©e, que l’on va trouver en peinture chez Monet ou Homer par exemple, Ă  la tentation cinĂ©tique des futuristes comme Ballat, nombre de solutions sont proposĂ©es. Capturer l’instant doit pouvoir aussi ouvrir la possiblitĂ© de le reproduire, de refaire Ă  l’identique un geste, un pas. Raoul-Augier Feuillet (1660-1710), bien avant Laban a dessinĂ© ainsi une « table des pirouettes Â» qui sera ensuite utilisĂ©e jusqu’en Angleterre. Peu avant Laban, Zorn avait proposĂ© une «  grammatik der tanzkunst17 Â» associant partition et gestuelle stylisĂ©e.AgrandirOriginal (jpeg, 13k)

Figure 32. Friedrich Albert Zorn, La Cachucha

101Flèches, courbes, vecteurs, ubiquité, duplication, vont être les combinaisons trouvées pour décrire les différents états des objets, personnes et effets dans le temps. Les notations sont nombreuses et se démultiplient en autant de pratiques et métiers concernés. Les deux grandes familles que l’on va voir pour la scène sont d’une part la partition musicale, les tableaux des décorateurs et d’autre part, les conduites numériques liées au développement de l’informatique dans le pilotage des lumières et parfois des perches.

  • 18 Nelson Goodman, op.cit
  • 19 Nelson Goodman, C. Z. Elgin, Reconceptions en philosophie, Paris, PUF, 1994.
  • 20 Op. cit. p. 32.

102Nelson Goodman, dans deux chapitres importants, l’un dans les « Langages de l’art18 Â» et l’autre dans les « Reconceptions en philosophie19 Â», pense qu’un langage de l’architecture n’existe pas rĂ©ellement. Les arguments sont les suivants : « les Ĺ“uvres architecturales ne dĂ©notent pas20 Â» et, mis Ă  part quelques cas isolĂ©s comme les baraques de marchands de hot-dogs en forme de hot-dog, il n’existe pas rĂ©ellement de relation Ă©vidente, non conventionnelle, entre la forme et la fonction. La scĂ©nographie entretient un rapport tendu avec la question de la dĂ©notation. De la transposition d’un intĂ©rieur bourgeois Ă  l’assèchement d’un Appia, de nombreuses formalisations enrichissent, Ă  chaque proposition, un vocabulaire conceptuel important.

  • 21 Paul Ricoeur, La mĂ©taphore vive, mĂ©taphore et rĂ©fĂ©rence, Paris, Ă©ditions du Seuil, 1975, pp. 273-32 (…)

103DĂ©noter signifie qu’un objet (gĂ©nĂ©ralement c’est un mot) porte un sens et un seul. Goodman remarque que les enseignes dĂ©notent, mais qu’elles ne sont que les parties saillantes d’un bâtiment. La scĂ©nographie, en revanche, a le pouvoir d’utiliser la mĂ©taphore. C’est une idĂ©e que prĂ©sente globalement Ricoeur21 et dont Goodman s’empare pour Ă©tablir les siennes. La mĂ©taphore, c’est le chantier proposĂ© par le scĂ©nographe Jacques Gabel, dans le Barbier de SĂ©ville, qui exprimera l’état chaotique des sentiments.

104Mais s’il n’existe pas forcĂ©ment de dĂ©notation dans le dĂ©cor lui-mĂŞme, il existe un lien tendu entre le texte et l’environnement dans lequel il est produit. C’est le rapport texte/scĂ©nographie qui aidera Ă  la dĂ©notation et Ă  partir duquel pourront s’appuyer les effets que nous relevons pour la conduite dans un système de « patterns Â» ou dans le langage consacrĂ© : de tableaux.

105Le projet ScĂ©nographIA s’inscrit-il dans une dĂ©marche techno-utopique ? Le XIXème siècle s’est construit sur l’idĂ©e que la science parviendrait Ă  mettre en Ă©quation et donc finalement rĂ©soudre toutes les questions de la nature et de l’humain. Le territoire organisĂ© en monde idĂ©al parce qu’harmonieux, cède la place Ă  un monde connu parce que reprĂ©sentable.

  • 22 George L. Mosse, De la Grande Guerre au totalitarisme : La brutalisation des sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes(…)
  • 23 James Gleick, La thĂ©orie du chaos : Vers une nouvelle science, Paris, Flammarion, 2008 Ă©dition revu (…)

106Mais cette conception subit le dĂ©senchantement et l’ensauvagement22 de la première guerre mondiale et les dĂ©couvertes de PointcarrĂ© prĂ©figurant ce que deviendront les thĂ©ories du chaos23. Les lois d’organisation de la nature apparaissent plus complexes et le phĂ©nomène, que chacun connait sous le nom d’effet papillon, prend une brutale rĂ©alitĂ© avec la crise de 29 et ses consĂ©quences induites.

107La reprise des Trente glorieuses fait un peu oublier ces sombres équations, pourtant présentes dans la conception de l’arme atomique et les recherches météorologiques. La science glorieuse reprend ses droits offrant à chacun, une utopie de bonheur consumériste infini pour les uns, égalitariste pour les autres. Mais le tournant du millénaire fait un rappel brutal aux réalités chaotiques, des effets induits de la pollution massive aux spéculations boursières.

108Pour le spectacle vivant, la technologie doit ĂŞtre subordonnĂ©e Ă  l’effet de prĂ©sence, au contact qui s’établit entre un artiste et son audience. Un logiciel visant Ă  comprendre et structurer le vivant a les mĂŞmes chances de rĂ©ussite que l’utopie scientiste du XIXème. Le spectacle peut ĂŞtre considĂ©rĂ© comme chaotique en ce qu’il ne reproduit jamais prĂ©cisĂ©ment les mĂŞmes effets au mĂŞme moment. Comme pour un arbre : si l’on sait comment il va pousser, on ne peut dĂ©terminer avec certitude l’emplacement exact ou l’angle des branches. Mais l’aspect final de cet arbre, unique et infiniment renouvelĂ© contient malgrĂ© tout des figures reconnaissables, des Â« patterns Â», qui l’identifient.

109Ces « patterns Â» correspondent ici aux tableaux, mais fondent aussi des sous unitĂ©s de ces tableaux en incluant les Ă©tats de mouvement. ScĂ©nographIA travaille avec cette matière pour l’organiser mais surtout la prĂ©server. Il faut donc ĂŞtre Ă  bonne distance entre le support et le carcan. Mais l’intĂ©rĂŞt que suscite cet outil, la façon dont il fait parler les professionnels, qu’il permet Ă  chacun d’évoquer son (ou ses) mĂ©tiers, les dĂ©veloppements que l’on envisage en travaillant avec tous, dit que le processus menant au dĂ©veloppement du logiciel vaut autant que ce qu’il fera. En cela, c’est bien un projet utopique.Haut de page

NOTES

1 AccompagnĂ©e d’une lecture de l’œuvre, cet outil permettait d’œuvrer auprès des mĂ©cènes et commanditaires pour recueillir les fonds nĂ©cessaires Ă  la production d’un spectacle. Ils pouvaient Ă©galement ĂŞtre mobilisĂ©s au sein d’un processus de crĂ©ation, de production, de diffusion et de tournĂ©e. Il en subsiste un remarquable exemplaire au musĂ©e du théâtre Ă  Amsterdam dotĂ© de toutes machines Ă  effets spĂ©ciaux.

2 Le DĂ©partement ScĂ©nographie/Ensan dispose Ă©galement d’une maquette historique d’un modèle de cage de scène fin XVIIIème

3 Les donnĂ©es bruitĂ©es sont des donnĂ©es contenant un certain « dĂ©sordre Â» dans l’organisation des points, certains Ă©tant dĂ©placĂ©s de façon chaotique ajoutant de l’information parasite, gĂŞnant l’exploitation du nuage de points.

4 MĂ©thode dite sans contact, oĂą l’on mesure du temps de propagation aller et retour de la lumière entre le capteur et la cible Ă  mesurer.

5 Une optique fish-eye est une optique ouvrant sur un très grand angle permettant de voir une scène Ă  180°. Le rĂ©sultat ressemble Ă  la projection d’une image sur une sphère.

6 Building Information Modeling ou Building Information Model ou encore Modèle d’information unique du bâtiment (BIM) est le processus de production et la gestion des donnĂ©es de construction tout au long de la conception d’un bâtiment. La gĂ©omĂ©trie est informĂ©e de donnĂ©es la constituant, ces donnĂ©es restant actives et s’enrichissant au fur et Ă  mesure de l’évolution du projet.

7 Les animateurs sĂ©niors travaillent sur les poses clĂ©s, Ă  savoir les temps forts de l’animation, sur ce qui, dans un mouvement par exemple, donne le rythme et le sens. Les intervallistes dessinent les images intermĂ©diaires complĂ©tant ainsi la contrainte des 24 images/seconde.

8 Projet de recherche financĂ© par l’ANR : http://www.plateforme-virage.org/

9 L’utilisateur, par retour kinesthĂ©sique, expĂ©rimente, dans la manipulation de sa souris, un effet de blocage qui lui indique qu’une option d’accroche est possible.

10 http://vocascene.nantes.archi.fr/

11 Â« excentrique mĂ©canique Â»

12 Elodie Vitale, Le Bauhaus de Weimar (1919-1925), Mardaga, 1995

13 Farkas Molnar, Die BĂĽhne im Bauhaus, GebrĂĽder Mann Verlag, reed. 2003

14 Voir Marcel Freydefont, « Les contours d’un théâtre immersif Â», revue AgĂ´n, dossier n°3 Utopies de la scène, scènes de l’utopie, 2010.

15 Lothar Schreyer (1886-1966) a Ă©tĂ© avec Oskar Schlemmer (1888-1943) l’un des puissants rĂ©novateurs du théâtre du Bauhaus. Il fait partie des professeurs de l’école.

16 Nelson Goodman, Langages de l’art, Ed. J. Chambon, 1990, 314 p.

17 Grammaire de l’Art de la Danse.

18 Nelson Goodman, op.cit

19 Nelson Goodman, C. Z. Elgin, Reconceptions en philosophie, Paris, PUF, 1994.

20 Op. cit. p. 32.

21 Paul Ricoeur, La mĂ©taphore vive, mĂ©taphore et rĂ©fĂ©rence, Paris, Ă©ditions du Seuil, 1975, pp. 273-321.

22 George L. Mosse, De la Grande Guerre au totalitarisme : La brutalisation des sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes, Hachette LittĂ©ratures, 2009

23 James Gleick, La thĂ©orie du chaos : Vers une nouvelle science, Paris, Flammarion, 2008 Ă©dition revue et corrigĂ©e.Haut de page

TABLE DES ILLUSTRATIONS

LégendeFigure 1. Mise en place du laser
URLhttp://journals.openedition.org/agon/docannexe/image/1467/img-1.png
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LégendeFigure 2. Nuage de points
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LégendeFigure 3. Réduction du maillage
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URLhttp://journals.openedition.org/agon/docannexe/image/1467/img-7.jpg
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LégendeFigure 4. Conversion du nuage de points en maillage
URLhttp://journals.openedition.org/agon/docannexe/image/1467/img-8.jpg
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URLhttp://journals.openedition.org/agon/docannexe/image/1467/img-9.jpg
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LégendeFigure 5. Maillage redessiné dans Sketchup
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LégendeFigure 6. Les perches : des déformations importantes sont relevées
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LégendeFigure 7. Modélisation complète
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LégendeFigure 8. Sources utilisées : maquettes et dessins
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LégendeFigure 9. Deux techniques de photomodélisation, automatique et assistée
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LégendeFigure 10. Relevé laser d’une statuette
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LégendeFigure 11. Pièces de décor numérisées
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LĂ©gendeFigure 12. Photo du rendu de Tristan et Iseult (dĂ©cors : Pierre-AndrĂ© Weitz)
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LégendeFigure 13. Assemblage virtuel des éléments de décor
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LĂ©gendeFigure 14. Maquette virtuelle d’un des tableaux du Barbier de SĂ©ville avec parties non visibles, la cage de scène est retirĂ©e (dĂ©cors : Jacques Gabel)
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LégendeFigure 15. La cage de scène est replacée, en transparence, afin de montrer ce que l’on voit de la salle en comparaison avec ce qui est en attente de jeu dans les cintres et coulisses.
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LĂ©gendeFigure 16. La tournette de Falstaff (dĂ©cors :Christian Fenouillat)
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LégendeFigure 17. Autre point de vue
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LégendeFigure 18-exemple de conduite
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LégendeFigure 19-description sémantique de la géométrie 3D
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LégendeFigure 20-extrait du tableau descriptif
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LégendeFigure 21-géométrie attachée la base de données
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LégendeFigure 22-la conduite attachée à un diagramme de Gantt intégrant la temporalité
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LégendeFigure 23. La marche, découpage régulier selon E.-J. Marey
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LégendeFigure 24. La marche et ses phases selon Richard Williams
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LégendeFigure 25. Temps continu – temps discret
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LégendeFigure 26. Tableau, vision du public
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LégendeFigure 27. Tableau, vue de travail
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LégendeFigure 28. Implantation d’un même tableau en trois lieux
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LégendeGrand T
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LégendeMassy
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LégendeLe Quai
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LégendeFigure 31. Les points d’accroches des pendrillons
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LégendeFigure 32. Friedrich Albert Zorn, La Cachucha
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POUR CITER CET ARTICLE

Référence électronique

Laurent Lescop, Bruno Suner, RĂ©gis Vasseur et Marcel Freydefont, « ScĂ©nographia – cage de scène virtuelle Â», AgĂ´n [En ligne], 3 | 2010, mis en ligne le 10 janvier 2011, consultĂ© le 27 septembre 2021. URL : http://journals.openedition.org/agon/1467 ; DOI : https://doi.org/10.4000/agon.1467Haut de page

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