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Gavrinis–le télégramme 08/2011

Gavrinis. De tout temps, la magie des pierres

9 août 2011

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Gavrinis séduit. L’été, nombre de visites affichent complet, même sous le déluge. Pour preuve, l’enthousiasme, samedi dernier, d’irréductibles amoureux des vieilles pierres.

«Je n’ai que deux désistements», constate Géraldine, guide à Gavrinis pour une deuxième saison. Sous l’auvent de l’accueil à Larmor-Baden, les visiteurs de 15h regardent le rideau de pluie. «Une partie de la visite se fait en extérieur», prévient la guide. Chacun savoure le passage en bateau, à l’abri. La mer et le ciel se confondent: gris. Mais la traversée aiguise les curiosités.
Des hommes, comme nous
Sur l’île, les pins puis le chêne sont des refuges providentiels. «Bienvenus au néolithique. L’homme de l’époque passerait inaperçu parmi nous» assure Géraldine. «En 3.500avantJ.-C., le golfe n’existe pas: le Cairn domine la rivière de Vannes et d’Auray». Son imposante silhouette illustre l’importance du culte de la mort. «Il a sans doute été utilisé par plusieurs générations. Condamné, il n’a été redécouvert qu’en 1835, ce qui explique sans doute son bon état de conservation».
Le mystère de la dalle
Le groupe se divise en deux. Les premiers entrent dans le couloir du dolmen. «Attention la tête. Attention la marche». Les yeux apprivoisent la pénombre et découvrent la profusion de gravures qui font la renommée du site. Paradoxalement, la chambre funéraire est bien modeste. «La dalle de 17 tonnes au-dessus de nos têtes vient de Locmariaquer. C’est un bloc de réemploi qui a probablement voyagé par la rivière avant d’être monté jusqu’ici.» Géraldine insiste sur les hypothèses et le peu de certitudes qui entourent Gavrinis. «La numérisation des gravures en 3D par l’équipe de l’archéologue nantais Serge Cassen apportera sûrement de nouvelles informations». Après avoir admiré deux serpents gravés, il faut déjà ressortir… sous la pluie.
Les couleurs du matin
Originaire de la région parisienne, la doyenne de la visite, ancienne de l’école du Louvre, résume: «Quel que soit le temps, ça vaut le coup!» Une famille normande en vacances à Surzur avait espéré une éclaircie. «Mais le mauvais temps donne une ambiance particulière. La visite n’en a que plus de valeur», résume le père. «C’est incroyable et mystérieux qu’ils aient transporté et construit avec de telles pierres», poursuit son épouse. C’est cette ingéniosité qui a le plus sidéré un couple de la région de Brocéliande. Venus pour la dimension spirituelle du lieu, ils restent sur leur faim, gardant leur préférence aux alignements de Carnac. Sans le déluge, ils auraient eu une vue imprenable sur l’entrée du golfe. Géraldine, elle, ne se lasse pas de faire visiter Gavrinis. «Il y a la beauté du site en lui-même. Mais surtout l’histoire de ces pierres. Que restera-t-il de nos ordinateurs dans 7.000 ans?» Sous le ciel toujours plombé, elle confie: «Mes visites préférées: la première du matin, pour les couleurs». Pratique Tous les jours de 9h30 à 12h30 et de 13h30 à 19h. Durée: 1h20, passage compris. Maximum 26 personnes par visite. Tarifs: 12 EUR; 10EUR étudiant; 5 EUR de 8 à 17 ans; gratuit pour les moins de 8 ans. À noter: contes à 17h30, jeudi 11août avec Rémy Cochen. Renseignement et réservations: 02.97.57.19.38.

  • Catherine Lozac’h

http://www.letelegramme.com/local/morbihan/vannes-auray/vannes/gavrinis-de-tout-temps-la-magie-des-pierres-09-08-2011-1395126.php

Gavrinis. De pierre et d’os

23 août 2012 – 1 réactions

Un tas de cailloux. Au premier abord, c’est à ça que ressemble le célèbre cairn de Gavrinis, situé sur l’île du même nom. Mais au-delà des apparences, ce site pourrait bien être la pierre de Rosette des symboles du Néolithique.

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«Cairn: couverture de pierres recouvrant les sépultures mégalithiques». Une tombe faite de petits cailloux sur des très gros, si on veut clarifier cette définition tirée d’un dictionnaire célèbre. À Gavrinis, on pourrait parler de pierres précieuses. Car la richesse de ce site datant du 4e millénaire avant J.C. est exceptionnelle. Son joyau? Des gravures nombreuses et très bien conservées. Sur la trentaine de piliers du couloir et de la chambre mortuaire, 23 sont couverts de sillons. Ces tracés profonds et réguliers forment des motifs qui restent, encore aujourd’hui, obscurs aux yeux des archéologues.
À la recherche du sens
Des lignes courbes, des arcs de cercles, quelques objets ou animaux. Simples décorations pour les profanes, ces symboles sont un trésor aux yeux des spécialistes. Pour eux, pas de hasard. Toutes les représentations ont une signification mystique. Comprendre pourquoi ils ont été dessinés ainsi, permettrait de décrypter la vision du monde qu’avaient les premiers hommes. «Voir ça de manière esthétique est un raisonnement purement moderne, lance Yves Belenfant, responsable du site. Au Néolithique, tout est sacré, tout a un sens. Il y a donc une intention derrière ces dessins».
Gavrinis Code
Pour déchiffrer ces symboles, des recherches ont été entamées il y a des années. En 2011, toutes les stèles ont été scannées et des relevés précis ont pu être faits grâce aux techniques modernes. Les résultats permettent au groupe de chercheurs, dirigé par Serge Cassen, de poursuivre plus loin leurs investigations. Pour Yves Belenfant, pas de doute: «On finira par déchiffrer les gravures de Gavrinis. Ça nous donnera la clé du code pour comprendre beaucoup d’autres sites». Car ils sont nombreux dans la région. «Le golfe du Morbihan, avec son climat propice et ses terres fertiles, a facilité l’installation des hommes vers 5.000 avant J.-C. Il renferme les deux tiers des richesses de l’époque. Un peu comme si aujourd’hui, la bourse de New York, Paris et Tokyo étaient au même endroit!». Depuis son ouverture au public en 1986, Gavrinis attire du monde. L’an dernier, ils sont 28.000 àavoir arpenté le couloir du cairn. Cette année, le site a enregistré une baisse de 4% de ses visites. Une diminution à relativiser au vu de la baisse de 30% de la fréquentation touristique dans la région.

  • Justine Weyl
  • Pratique Gavrinis, accès par le port de Larmor-Baden. Ouvert tous les jours jusqu’au 31août, de 9h30 à 12h30 et de 13h30 à 19h. En septembre jusqu’à 18h30. Départ des visites guidées toutes les 30 min. Tarifs: adulte 12 EUR, réduit10 EUR, enfant 5 EUR, gratuit pour les moins de 8ans. Tél.02.97.57.19.38.

http://www.letelegramme.com/local/morbihan/vannes-auray/vannes/gavrinis-de-pierre-et-d-os-23-08-2012-1815273.php

Gavrinis la néolithique : vie privée, vie publique

Un jour, une île. Une partie de l’île du Golfe du Morbihan recèle un cairn unique au monde. Une autre appartient à un producteur et acteur de cinéma.

Un couloir de blocs géants, gravés de signaux énigmatiques.

Un couloir de blocs géants, gravés de signaux énigmatiques.

L’histoire

De la cale de Pen Lannic, le panorama est de toute beauté : Berder, Locmariaquer… Et Gavrinis. Sur la cale de Pen Lannic, la vie va. Comme la navette blanche et rouge qui va et qui vient, à longueur de journée, vers cette île mystérieuse qui recèle un chef-d’oeuvre néolithique.

En ce moment, Hervé Corlobé embarque jusqu’à deux cents personnes chaque jour. Depuis 20 ans, il assure les traversées. L’été est la période la plus chargée. « La clientèle est intéressante et intéressée. Il y a pas mal de gens du pays avec la famille et les amis. C’est un endroit magnifique, une curiosité du pays. Ça fait le même effet que les pyramides d’Égypte ! »

Chaque année, 30 000 personnes du monde entier sautent à pieds joints dans le Néolithique, après dix minutes de traversée. Dès qu’ils posent le pied sur Gavrinis, ils se dirigent vers le cairn qui daterait de 3 500 avant Jésus-Christ. « Un mamelon à l’entrée du Golfe », dit avec admiration, Yves Bélenfant, directeur de ce site protégé. Le conseil général possède un hectare que gère la Sagemor.

Son trésor est unique : un couloir de quatorze mètres de long aux parois composées de vingt-neuf blocs géants gravés de signaux aussi magnifiques qu’énigmatiques. « Ce sont des traces émouvantes. On sent la main de l’Homme. »

Une star mondiale

Quand les visiteurs débarquent sur l’île de Gavrinis, ils se dirigent vers la butte, en marchant le long d’un grillage. De l’autre côté, c’est privé. Se doutent-ils qu’ils longent la propriété d’un producteur et acteur de cinéma qui a travaillé longtemps avec Luc Besson ?

Pierre-Ange Le Pogam a acheté l’île en 2006. Un paradis de 14,50 hectares que « je connaissais enfant. Je n’avais jamais osé y mettre les pieds, l’aborder en bateau ».

L’heureux propriétaire est une star mondiale. À Gavrinis, il se rapproche de ses racines « de paysan par mon grand-père de Ploemeur, et de pêcheur. Ici, je vis au bord de l’eau et à la campagne ». Pour 3,5 millions d’euros, il a acquis cette terre et ses deux maisons de 130 et 250 m2, d’anciens corps de ferme qu’il retape. Il n’y a ni électricité, ni eau. « Je suis autonome, j’économise tout. Je respecte ce lieu. »

L’île appartenait aux descendants de la famille Voituriez qui l’avait acquise dans les années cinquante. Le conseil général souhaitait l’acheter « mais cela n’a pas pu se faire », se rappelle Yves Bélenfant. « Longtemps, personne n’en a voulu ».

L’île de la création

« Je suis très fier qu’il y ait ce cairn, confie Pierre-Ange Le Pogam. On sent les pierres, les traces que l’Homme a laissées. » En ce troisième millénaire, son domaine est l’île de la création, « j’y invite mes amis qui peuvent créer et exposer leurs oeuvres ». Le propriétaire n’est pas le moins du monde gêné par ces 30 000 personnes qui débarquent chaque année, « c’est normal que ça se visite ».

Aucune nouvelle campagne de fouille n’a été menée à Gavrinis dont « on sait peu de choses en définitive », dit Yves Bélenfant. D’ailleurs, la très récente numérisation des blocs géants gravés de signaux n’a pas encore livré toutes ses conclusions. « On se tourne vers une nouvelle interprétation de certains signaux », livre Serge Cassen, un des archéologues qui a participé à la numérisation.

Mais qu’y a-t-il donc sous les dalles de l’allée, sous le tertre, derrière les blocs de granit de l’allée ? On ne sait pas. On ne sait pas non plus si d’autres trésors dorment ailleurs sur l’île. Pierre-Ange Le Pogam imagine qu’« on le saurait depuis longtemps s’il y avait des traces. Il y a eu des travaux, des chantiers, des champs » Impossible désormais de mener des recherches dans cette propriété privée.

« Quelque chose d’énorme »

Le classement de Gavrinis au patrimoine mondial de l’Unesco est un serpent de mer. Dont on ne parle plus trop.

Pourtant Yves Bélenfant pressent que « quelque chose d’énorme s’est passé ici, à l’entrée du Golfe. Ce petit espace a concentré les deux tiers des richesses d’un territoire plus grand que la France. On en a des traces, des objets. Mais quoi ? » Quelque chose qui pourrait être en lien avec les alignements de Carnac, de Locmariaquer… « C’est tout un ensemble qu’il faudrait étudier. »

Isabelle JOHANCIK.  Ouest-France  

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Pierre-Ange Le Pogam, le propriétairede la partie privée de Gavrinis.

Pierre-Ange Le Pogam, le propriétairede la partie privée de Gavrinis.